Décès de Cary Hector à Montréal

Le décès du politologue Cary Hector, le samedi 14 octobre 2017, à Montréal (Canada), à l’âge de 83 ans, constitue « une très grande perte pour Haïti et la communauté haïtienne du Québec », estime l’éditeur Frantz Voltaire, directeur du Centre international de documentation et d’information haïtienne, caribéenne et afro-canadienne (Cidihca).

Cary Hector luttait, depuis deux ans, contre un cancer, mais « rien ne laissait présager une fin aussi rapide », selon Frantz Voltaire, qui s’est confié à un journaliste d’Alter-Presse à Lille (France), où il participe à la « Semaine haïtienne » annuelle.

Docteur en sciences politiques, Cary Hector a eu une carrière universitaire au Canada, où il fut professeur de l’Université du Québec (Montréal), Il a ensuite enseigné et conduit des travaux en Haïti durant une vingtaine d’années.

Frantz Voltaire exprime sa tristesse, lui qui fut, tour à tour, étudiant, assistant, puis éditeur de 4 des ouvrages de Cary Hector, « un grand ami, un homme très sage et un esprit très curieux ».

Ayant fait son doctorat en Allemagne, ce dernier a particulièrement été « un lien entre les universités allemandes et Haïti », souligne Voltaire.

Le politologue disparu fut doyen de la Faculté des sciences administratives de l’Université (catholique romaine) Notre-Dame d’Haïti (Cap-Haitien/Nord) et chargé de mission senior au rectorat de l’Université privée Quisqueya, Port-au-Prince.

Il fut aussi membre du Conseil de direction de la Revue Haïtienne d’Histoire, de Géographie et de Géologie, membre de l’Association internationale de sciences politiques (Aisp/Ipsa ) et de l’American political science association (Apsa).

Selon son ami Laënnec Hurbon : « La modestie de Cary Hector est exemplaire dans notre société haïtienne où le savoir et les titres peuvent allumer facilement des chandelles dans les esprits. Je dois avouer que je suis admiratif devant le respect qu’il manifeste pour toutes les interprétations et positions politiques, sans pour autant taire ses propres points de vue. La politique en effet n’est pas de l’ordre de
la religion, ni de l’ordre de l’éternité.

Avec le politique on apprend à vivre avec le temps, à penser le temps comme tel. Du coup, il n’y a pas de place pour le fanatisme, ni pour les positions extrêmes, encore moins pour les anathèmes. Cary Hector est sous ce rapport un véritable pédagogue, car il nous apprend à ne pas projeter nos lubies
religieuses sur le politique, car le politique dispose de ses propres principes, de ses propres normes et ne souffre point de nos envies et de nos désirs, ni de nos bons sentiments. Telle est déjà la leçon que le célèbre philosophe Merleau-Ponty dégageait de ses recherches sur Machiavel… Cary Hector s’est donné un tel principe dans ses analyses qui, inscrites dans le champ de la science politique, peuvent élargir notre vision de l’avenir en nous fournissant les repères nécessaires pour la compréhension des luttes. Ne fonctionnant ni à l’utopie ni à l’euphorie, il nous pousse à nous préserver de tout découragement, et nous montre le chemin que nous n’avons pas su prendre, mais qui demeure encore à notre portée. »

Sources : AlterPresse, Le Nouvelliste


article original de l’édition de la revue Reflets de Sept-Nov 2017, disponible à : http://reflets.co/wp-content/uploads/2017/10/RefletsMagSeptNov2017.pdf